Les sentiers qui bifurquent


Quand j'étais plus jeune, j'avais un grand oncle avec qui faire un trajet en voiture prenait le double du temps prévu: il ne cessait de s'arrêter pour regarder une pierre, un arbre, une fleur... Il était de ceux qui considèrent que pour aller d'un point A à un point B, il y a bien mieux à faire que suivre la route la plus courte.

Un jour, alors qu'il me racontait une de ces histoires venues d'un autre temps, il m'a parlé d'un ouvrier italien qui travaillait avec lui aux champs et répondait toujours, quand on lui disait comment faire :

"Ne me donne pas de conseil, je suis assez grand pour me planter tout seul".

J'ai immédiatement adopté cette phrase. Pas pour sa première partie, car je suis friande de conseils avisés, mais pour la seconde. Sous ses allures antinomiques, elle érige l'erreur en réussite, et ce faisant, ouvre les portes du labyrinthe de la réalité, dit aussi infini des possibles, ou jardin des sentiers qui bifurquent, pour Jorge Luis Borges.

Et si pour être soi, on avait le droit de se perdre? D'aller du point A au point B en prenant des sentiers qui s'ouvrent partout, à chaque instant, et évoluent au fil du temps? Et par la même occasion, s'autoriser la marge nécessaire à l'erreur, celle qui crée les failles où se glissent la lumière, l'âme, la créativité: cette chose aux mille noms qui n'est autre que la justesse de l'expression de notre Être?

Et si la danse nous permettait d'entrer les yeux ouverts dans le royaume des sentiers qui bifurquent, rendant perceptibles les chemins qui dansent en filigrane autour de nous? Et si la danse prenait la place de la paralysie lorsque, face à un embranchement, on se prend à croire qu'il existe une bonne voie, aveugles que nous sommes à tous les interstices? A la danse des sentiers mouvants?

Alors, on danse?


Posts récents

Voir tout

Je refuse de m'habituer

La semaine dernière, la sentence est tombée. La salle où je donne habituellement mon atelier de danse à Paris impose à présent le masque pour danser. Oui oui, vous avez bien lu. Danser. Vous savez le

Je suis une boule à facettes

Toujours et éternellement une face cachée. Frustrante et passionnante exploration. Multiplicité dévoilée par les reflets Du monde sur moi. Par la présence de l'autre là. Par les échos de vous en moi.

Pour mon sourire

Pour mon sourire Je me suis battue comme une louve Le cacher est une torture. Voir vos visages Même inconnus: Question de survie. Psychique, certes... Et alors? Pour mon psychisme Je me suis battue co

Crédits photographiques :

Matthieu Nopsirorg, Tom Sanslaville,

Martine Gastineau

Vous aimez la Danse Inspirée?

Faites le savoir ici ou là :

garancem@msn.com  /  06 63 36 49 95 

  • Facebook Classic