Le casse du siècle


Quand j'étais gamine, j'adorais jouer au Monopoly. J'étais très mauvaise pour acheter des terrains et construire des hôtels, mais très bonne pour voler les billets oranges de la caisse (oui, ceux de 50 000). Je savais que ça ne me rendrait pas riche, mais j'aimais voir au bout de combien de temps mes cousins s'en rendraient compte, combien de temps durerait l'illusion. Avec ce goût douteux j'aurais pu devenir bandit, ou banquière, ça commence pareil, mais comme je ne savais, et ne sais toujours pas compter, je suis devenue rêveuse professionnelle...

Rêveur professionnel est un travail qui consiste à maîtriser l'art des rêves : pour ça, faut pas croire, je bosse dur. Je rêve la nuit, je rêve le jour, j'écris mes rêves, je danse mes rêves, je peins mes rêves, et dans la silencieuse musique de mon monde intérieur, je rends leur frontière avec la réalité de plus en plus poreuse et j'échafaude des plans pour qu'ils ne fassent plus qu'un avec elle.

Parfois quand on rêve, un détail nous fait soudain prendre conscience qu'on est en plein rêve... et ce qui rend ces rêves-là si délicieux, ce n'est pas de pouvoir braquer une banque ou voler comme un condor, c'est plutôt le déclic en lui-même: ce moment magique où naît la conscience au cœur du rêve, ce moment charnière entre illusion et réalité où les deux sont en symbiose, ce moment où l'on comprend.

Une des règles de l'art du rêveur est ce reality check. Bougez pas je cherche une traduction...: le "chèque de réalité"? Dans la grande banque de la vie, ce serait l'inverse du chèque en bois : vérifier qu'on a des unités, qu'on est pas en train de piquer dans la caisse en attendant qu'on nous prenne la main dans le sac à construire un empire de pacotille. La piste de danse est mon camp d'entraînement.

Combien de fois suis-je entrée dans la danse en pensant savoir, pour voir, après avoir remué les cartes, le château s'effondrer et laisser place à un océan de larmes, une fontaine de puissance, une montagne de peurs, un désert d'incompréhension, un paysage blanc comme neige: bref à un monde insoupçonné? Et chaque fois, quel que soit ce nouveau réel, quel soulagement de le laisser envahir mon corps, comme si un barrage avait craqué et que l'eau stagnante et furieuse pouvait enfin, à nouveau, tourbillonner...

Et si la danse était cet endroit où j'apprenais à écouter mon corps, à avoir confiance en lui, à parler son langage? Le langage de l'énergie, des sensations, des zones de tension, de plaisir, de l'amplitude de mon souffle, de la texture de mes muscles, de mes os. Puis à développer ce langage, pour le rendre capable d'être aussi fidèle que possible à l'expression de ma réalité, et du coup, à la réalisation de mes rêves.

Alors, on danse?


Crédits photographiques :

Matthieu Nopsirorg, Tom Sanslaville,

Martine Gastineau

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