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Puissance incarnée 1/3 : lettre aux femmes

Je suis dans un car pour trois heures. A côté de moi, un garçon et sa sœur. Les parents dorment. Moi non. J'écoute, je me rappelle, je prends des notes, le cœur serré, pour ne pas oublier: "Arrête de parler comme un bébé", "Arrête de rire comme une sorcière", "Arrête de parler comme ça, c'est pas français, c'est même pas une langue d'ailleurs", "Arrête de chanter", "Tu la fermes maintenant".

Qui que tu sois. Où que tu sois. Quel que soit ton âge. Quand tu es une femme, ton corps ne t'appartient pas. Le reste du monde, décide pour toi de ce à quoi tu dois ressembler, comment tu dois agir, t'exprimer, quelles doivent être tes courbes, tes textures, celles qu'il est acceptable de montrer, celles qu'il faut couvrir, voir enserrer, comment tu dois bouger. Avec qui tu dois coucher, et comment. De quels produits ou matières tu dois être couverte, ou ingérer, pour cacher telle réalité, dévoiler telle autre. Et ça change tout le temps.

Où que tu sois, tu es confrontée à ça. Tu as fini par t'y habituer, plus ou moins contrainte. Mais tu peux aussi choisir d'entrer dans une voie sur laquelle tu récupèreras, au moins en partie, et pas à pas, ton pouvoir, ta puissance.

Il y a les manifestations seins nus et corps peints. Il y a l'art. Il y a le quotidien. Il y a les conversations avec tes potes. Tu trouveras des alliées et des alliés. Mais aussi des gens pour lesquelles ta réalité est tellement incompréhensible que tu auras beau maitriser ton sujet, il te faudra jeter l'éponge. Et ce sera dur. Tu t'en voudras. Souvent. Aussi activiste sois-tu, dans la sphère publique comme privée, ce ne sera jamais gagné. Entre autre parce qu'une partie du travail consiste à dealer avec toi même, avec tout ce qui, bien implanté dans ton cerveau, ton corps et ta vie, fait de toi-même celle qui te comprime dans une posture que tu détestes, et te rend souvent incapable de répondre aux arguments médiocres, alors que tu sais. A dealer avec toi-même pour ne pas faire de ces échecs des raisons de t'auto-censurer.

Ne va pas te méprendre. Je ne suis pas en train de dire que tu es responsable de la situation. Ce n'est pas toi qui la crée, je te jure que non. Quand tu es une femme, ton corps ne t'appartient pas, ta vie non plus, tant que tu ne t'es pas battue pour les récupérer. Et cette lutte se passe autant dans le monde, autour d'une table, dans la rue, au lit, devant une page blanche, que dans ton corps, ton cœur, ta tête.

Aucun argument au monde ne fera le poids s'il n'est pas incarné. Ma façon à moi de retrouver mon chemin dans ce dédale a été d'y danser. Danser pour retrouver mon intimité, remuscler ma confiance, récupérer mon corps, ma vie. Sentir. Comprendre. Grandir, avancer, oser. Être au monde.

Alors, on danse ?

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