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Fracassée et flamboyante

Je me suis souvent posé la question des biais à travers lesquels je voyais le monde, comme s’il pouvait y avoir une manière juste de le voir, et que la mienne, passée au crible de mes passions, de mes expériences, de mes traumatismes, de ma naïveté, de mon éducation, ou simplement de mes goûts, pouvait être déformée, et donc non valable. La preuve : je vous écris toutes les semaines pour vous dire que le monde est danse ! C’est bien qu’il y a un problème chez moi…

 

Et puis je suis allée à l’exposition dédiée à Nicolas de Stael. J’ai été frappée par la précision avec laquelle il décrit à quel point il perçoit le monde sous forme de peinture, et comment la peinture lui a permis d’exprimer ce qu’il perçoit du monde. Une sorte de va et vient dont on ne sait, du monde, de sa vision ou de la peinture, lequel est premier. Et peu importe à vrai dire, car sa peinture et ses paroles sont porteuses de beauté, de force, de poésie, d’une humanité à la fois fracassée et flamboyante. Inspirante.

 

Et je vous le donne en mille, chaque fois que je lisais une de ses phrases, comme par magie, son prisme de la peinture, se transformait en prisme de la danse. Ça a donné ça :

- L’espace de la danse est une salle mais tous les oiseaux du monde y volent librement à toutes profondeurs.

- La danse, la vraie, tend toujours à tous les aspects, c'est-à-dire à l'impossible addi­tion de l'instant présent, du passé et de l'avenir. 

- Je danse le plus souvent sans concept, sans écriture conceptuelle. Je ne peux avancer que d'accident en accident.

- Lorsque ma danse devient bonne, je sens toujours atrocement une grande part de hasard, comme une chance et un vertige.

- Toute ma vie, j'ai eu besoin de penser danse, de voir de la danse, de faire de la danse pour m'aider à vivre, pour me libérer de mes impressions, de toutes les sensations, de toutes les inquiétudes auxquelles je n'ai trouvé d'autre issue que la danse. 

 

Ça marche pas mal non ? Ça danse même hein ?

Et si la danse était un prisme ? Comme une matière déformante qui nous pousse, ou permet, de voir le monde sous forme de rythmes, de lignes, de tensions, de mouvements. Et aussi de transcrire le monde, à travers nos corps ?

Une sorte de filtre à travers lequel, une fois qu’on y a gouté, on déforme le monde, pour le rendre plus beau, plus facile à percevoir, plus accessible ? Et en sens inverse, à travers lequel le monde, en se dirigeant vers nous, se transformerait en danse ?

 

Alors, on danse ?

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