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Entre don et conquête

Je la vois, au loin, étalée, ouverte, fière.

Telle un sublime paysage, paisible et attirante, elle s'offre, se donne.

Je la contemple. Je la veux. Je m'approche pour la capturer et la garder tout contre moi, avec l'espoir que ce soit pour toujours.

Les mains en avant, sur la pointe des pieds, le corps courbé, les pupilles dilatées.

Mais à mesure que se réduit la distance entre elle et moi, les détails s'affinent et se font plus précis. Elle se transforme, s'accidente. Elle prend chair, corps et muscles, énergie : elle prend vie. Le décor idyllique se transforme alors en un parcours du combattant fait de boue, de feu, de torrents, de falaises de verre, et de sang: elle se cabre, se défend.

J'en perds mes moyens, je ferais n'importe quoi pour ne plus avoir à m'y frotter, j’abdique: on n'attrape pas la liberté comme ça. Pas plus qu'un animal sauvage elle ne se laisse mettre en cage. Elle se méfie. Se protège. S'échappe.

Plus on s'approche de la liberté, plus elle nous fait peur, et plus on l'effraie en retour. Comment l'approcher sans la faire détaler ?

Et si c'était en dansant ?

Alors, on danse ?

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