Le détail qui tique


Quand j'étais en khâgne, j'ai disserté pendant six heures sur le sujet "Qu'est-ce qu'être poli?", parce que le prof de philo l'avait donné à voix haute plutôt que par écrit, et qu'un détail m'avait échappé... Il m'a dit après coup que si je dissertais pendant six heures sur "Qu'est-ce qu'être -tique?", il me mettrait la moyenne. Bon, j'ai eu zéro. De toute façon, la politique, c'est pas mon truc, et je suis pas une bête de concours.

Un détail, c'est un truc tout petit, c'est une partie d'un tout, pas celle à laquelle on donnerait le plus d'importance, a priori. Et pourtant, tout tient si souvent à un détail: tomber amoureux, ne pas sentir quelqu'un, mal prendre quelque chose, être émerveillé par une autre. Une lumière, une couleur, une odeur, un mot, une syllabe, et tout change au point de rester en mémoire, alors que c'était sur le point de sombrer dans l'oubli...

Nos danses sont la partie émergée de l'iceberg, l'expression visible de notre monde intérieur qui est, lui, sans fin, sans limite. Nous voyons émerger les danses des uns et des autres, sans toujours comprendre ce qu'elles signifient, et le plus souvent sans avoir notion de l'importance qu'elles peuvent avoir pour eux. Un simple geste peut changer une existence, parce que sa signification trace un nouveau sillon à l'intérieur de l'être.

Détail pour les uns, univers pour les autres.

Et si l'attention aux détails était une partie primordiale de la pratique de la danse libre et consciente: les micro mouvements, les mouvements internes, les frémissements, les ondulations légères, les rencontres fortuites... les regards croisés? Les explosions de joie, les connexions profondes...

Et si la danse créait un pont entre l'infiniment petit, et l'infiniment grand?

Alors, on danse?


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